Tétouan, 20/08/07 - SM le Roi Mohammed VI a adressé, lundi soir, un discours à la Nation à l'occasion du 54-ème anniversaire de la Révolution du Roi et du Peuple. En voici le texte intégral:
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"Louange à Dieu.
Prière et Salut sur le Prophète, Sa Famille et Ses Compagnons.
Cher peuple.
Notre commémoration aujourd'hui, dans la joie et la fierté, de l'anniversaire de la glorieuse Révolution du Roi et du Peuple, et de la Fête de la Jeunesse, intervient à quelques jours de la clôture des préparatifs précédant le lancement officiel de la campagne électorale en prélude au scrutin du 7 septembre prochain.
Lors de ce rendez-vous qui marque un saut qualitatif dans la dynamique démocratique que connaît notre pays, tu auras toute latitude de choisir librement parmi les programmes présentés et entre les différents partis politiques et candidats à l'élection à la nouvelle Chambre des Représentants.
Ainsi que Je te l'ai promis dans le Discours du Trône, Je M'adresse à toi pour t'entretenir des élections à venir. Je n'entends nullement en infléchir le déroulement. Je M'interdis d'y intervenir comme la loi interdit à tous d'y interférer. Je considère que la régularité du scrutin est consubstantielle à la démocratie dont elle représente l'essence même.
En effet, l'adhésion totale et l'attachement sans faille à la régularité, à la moralisation des élections et à l'inviolabilité du scrutin, commencent par ton Premier Serviteur, le Roi, Amir Al Mouminine (Commandeur des Croyants).
Symbole de l'unité de la nation, dans toutes ses composantes, et Protecteur de l'Islam et de la communauté de ses adeptes et de la liberté de culte. De par Mon statut religieux et constitutionnel, J'ai à coeur de veiller sur tes intérêts supérieurs, en les plaçant au-dessus de toute autre considération, gardant constamment à l'esprit notre évolution politique, et les acquis démocratiques majeurs enregistrés.
Ainsi, de par notre attachement à la normalité démocratique, les élections se tiennent désormais avec une périodicité régulière. Mais, le fait de se préoccuper du prochain scrutin ne signifie nullement une soumission résignée aux effets éventuellement pervers de la conjoncture qu'elles génèrent, pas plus qu'elles n'induisent la nécessité de se cantonner dans une position d'expectative en attendant l'installation du prochain gouvernement.
Il en découle pour toutes les institutions et tous les acteurs concernés, le devoir d'assumer les responsabilités qui leur incombent et de s'y atteler assidûment et sans relâche. Car, ni les questions cruciales qui préoccupent le pays, ni les grands chantiers et les réformes structurantes qui ont été engagés, ni encore l'indispensable préservation de la sécurité et de la stabilité, ne souffrent que l'on ralentisse ou arrête la dynamique lancée ou que l'on se confine dans un attentisme léthargique. Avec l'aide de Dieu, nous sommes parvenus, ensemble, à mettre en place un cadre moderne et efficient qui encourage et incite à la participation citoyenne. Ce cadre se caractérise notamment par :
- un code électoral avancé, permettant à tous les partis politiques de participer, sur un pied d'égalité, au scrutin.
- une nouvelle loi visant la mise à niveau des partis et garantissant un financement transparent de leur activité.
- une neutralité positive et ferme de l'Administration.
- un contrôle judiciaire indépendant.
- une implication conséquente de la société civile et des médias dans la dynamique de sensibilisation et de suivi.
- la représentation féminine que Nous voulons plus équitable pour la femme.
Ainsi, la pratique politique se trouve désormais à un stade avancé de maturité, où la confiance des électeurs devient l'enjeu d'une compétition entre une majorité défendant le bilan de son action, et ses projets d'avenir et rendant des comptes à leur sujet, et, face à cette majorité, une opposition plurielle, tenant compte des acquis nationaux, et proposant ses propres programmes alternatifs.
De fait, la campagne électorale doit connaître un saut qualitatif, tant dans sa forme et son contenu que dans les étapes de son déroulement. Elle ne représente plus, désormais, une simple occasion saisonnière et éphémère, pour agiter des slogans fougueux, brandir des revendications combatives générales ou encore, les instrumentaliser à des fins mystificatrices et frauduleuses. En revanche, la campagne électorale devrait, dorénavant, être ouverte, porteuse de programmes nombreux et variés, soumis à l'appréciation de l'électorat par le biais de moyens de communication, d'organes et de mécanismes de régulation modernes.
Cependant, et quelles que soient les avancées politiques réalisées, pouvons-nous pour autant soutenir que nous avons atteint la perfection en matière de démocratie ? D'un autre côté, peut-on raisonnablement minimiser l'importance du scrutin en ayant tendance à l'apparenter à un simple maillon cyclique dans un processus électoral classique ?.
Certes non, eu égard à l'inviolabilité des élections et au rôle déterminant qu'elles jouent dans le choix que tu porteras, cher peuple, sur celles et ceux qui auront à charge de gérer et de contrôler les affaires publiques, en l'occurrence, la majorité et l'opposition. Par la libre expression de ta volonté, ces élections contribueront aussi à dégager et cerner les priorités de la nouvelle législature.
Voilà pourquoi il ne faut pas dévaloriser l'opération électorale, ni semer le doute quant à son utilité. De même, rien ne justifie qu'on la surestime démesurément, comme si elle constituait une fin en soi, ou l'ultime aboutissement du processus démocratique, lequel est en constante perfection.
Partant de là, Je dis à nos citoyens : le vote est l'un des éléments clés de la citoyenneté responsable. Aussi, et afin de conférer à l'opération électorale une forte charge et un caractère pérenne, est-il nécessaire de la conforter par la participation démocratique. Une participation continue, qui ne se réduit pas à l'opération de vote le jour du scrutin, mais qui implique plutôt le devoir de s'investir en permanence dans les chantiers de développement et de citoyenneté.
En exprimant vos suffrages, vous ne faites pas que choisir celle ou celui qui vous représentera pour les cinq années à venir. Vous définissez également votre avenir, celui de vos enfants et de votre pays. C'est pourquoi vous ne devez pas hypothéquer votre devenir en vendant vos voix et vos convictions à ceux qui sont dépourvus de conscience et indignes de confiance. Car agir de la sorte s'apparente à une abdication coupable et condamnable de votre droit constitutionnel au vote libre. Ce serait également un renoncement inacceptable à l'honneur de votre citoyenneté et à votre dignité.
Aussi, incombe - t - il à chacun de s'armer de civisme et de se prévaloir de la force de la loi pour s'opposer aux manipulateurs des élections, et afin de pourfendre ceux qui font commerce des voix et qui s'avisent de pervertir les consultations électorales par l'usage de l'argent illicite, la fraude, le trafic d'influence, la magouille et les tripotages.
En effet, il n'y a pas de place aux pratiques illégales, dans quelque domaine que ce soit, et par qui que soit. Ensemble, nous devons nous engager dans une lutte sans relâche contre la corruption et la prévarication, l'abus de pouvoir et de biens sociaux, les féodalités rentières, les rapines et la pratique de partage des butins. Cette lutte est la responsabilité de tous : autorités, institutions, citoyens et collectivités. C'est une action de salubrité publique qui doit s'inscrire dans le cadre de l'Etat des institutions, et dans celui de la bonne gouvernance.
Nous engageons nos citoyens à s'impliquer dans l'action politique noble, le dessein ultime étant d'élargir la participation populaire dans le processus de développement.
En effet, quiconque ne fait pas de la politique vertueuse fondée sur la citoyenneté engagée, sera manipulé par la politique vicieuse qui l'instrumentalisera par divers procédés mystificateurs, à des fins détestables : opportunisme ou nihilisme inacceptable, extrémisme, fanatisme ou terrorisme abject et condamnable.
Il est donc impératif de parer à toutes ces tendances pernicieuses, et de combattre tous les adversaires et les ennemis de la démocratie. Il nous faut, pour cela, un Etat fort, de droit et des institutions. Notre parade réside aussi dans le développement intégré, la sécurité ferme et intraitable, et l'autorité d'une justice indépendante. Une sécurité et une Justice fermement attachées au plein respect par tous de la primauté de la loi.
La politique n'est pas l'apanage exclusif d'une couche sociale ou d'une catégorie particulière. Elle est l'affaire de tous les Marocains, qu'ils résident au pays ou ailleurs.
A cet égard, les prochaines élections apporteront un nouvel acquis : la généralisation du droit de participation au scrutin, sur le territoire national, en l'étendant à toutes les générations de notre chère communauté résidant à l'étranger.
Aux membres de cette communauté, Nous disons tout le prix que Nous attachons à ce que leur dignité soit préservée et leur citoyenneté consolidée dans sa plénitude. Leur participation aux élections ne sera qu'une première étape dans un processus de concertation graduel et évolutif, visant leur intégration, somme toute légitime, au sein des différentes institutions exécutives, représentatives et consultatives nationales.
A cet effet, la prochaine étape sur la voie d'une participation institutionnelle efficiente de notre communauté à l'étranger, consistera à la doter de son Conseil supérieur. Nous attendons du Conseil Consultatif des Droits de