Article paru le 17 Novembre 2005 sur le journal Maroc-Hebdo :Aujourd’hui, les temps ont changé. Aucun
dérapage sécuritaire entraînant mort d’homme n’est plus toléré. Aucune excuse n’est recevable. La chasse aux bavures La mort d’un jeune compatriote sahraoui, Hamdi Lembarki, lors de manifestions à Laâyoune les 29 et 30 octobre 2005, continue de faire des vagues. Normal. Quitte à sacrifier à une lapalissade, il est bon de rappeler qu’il n’y a pas plus précieux que la vie et pas plus calamiteux que de la perdre dans ce genre de situation et de circonstances.
Plus de deux semaines après, les causes du décès tragique de Lembarki commencent à être élucidées. La version officielle mettant en avant un traumatisme crânien dû à un jet de pierre s’est effritée. Il y a bien eu violence policière, le patron de la police, le général Laânigri, l’ayant reconnu lui-même. Il promet que toute la lumière sera faite sur cette malheureuse affaire (voir article de Majdouline El Atouabi pages 12, 13 et 14).
Entre temps, des heurts sporadiques opposant de jeunes manifestants aux forces de l’ordre continuent à Laâyoune. Les propagandistes du Polisario, eux, donnent la pleine mesure des consignes d’Alger.
Pouvait-on éviter ce type de bavure irrattrapable? Il n’y a d’autres réponses possibles que par l’affirmative. Non seulement on pouvait, mais on devait, quelle que soit la sensibilité très particulière du contexte et l’effet de celui-ci sur la manipulation des uns et les nerfs des autres.
Essayons de nous rafraîchir la mémoire. Des petites manifs et de grandes émeutes, nous en avons eu, et de tristement mémorables. Nous en sommes encore à recenser les fosses communes consécutives aux événements de mars 1965, de juin 1981, de juillet 1984 et de décembre 1990. Pour toutes ces dates, marquées au fer rouge dans l’esprit collectif, il régnait une ambiance politique exécrable et les garants de l’ordre public avaient la gâchette facile et la matraque violemment baladeuse. On chargeait la foule, quelles qu’en soient les conséquences.
Aujourd’hui, il faut bien se rendre à
l’évidence. Les temps ont changé. Neutraliser de petits groupes aux intentions manifestement malveillantes, ou endiguer les tentatives de débordement d’un attroupement de masse, ne peut plus se faire comme par le passé. Aucun dérapage sécuritaire entraînant mort d’homme n’est plus toléré. Aucune excuse n’est recevable. À moins que le pays en question ne bascule carrément dans la guerre civile. Ce qui, Dieu merci, n’est pas notre cas. Bien au contraire. S’il y a un espace paisible où l’on n’a à craindre ni pour sa personne, ni pour ses biens, c’est bien le nôtre.
En matière de sécurité, il y a une nouvelle culture qui s’installe, extrêmement pointilleuse sur l’intégrité physique des personnes. Nous sommes en train de nous inscrire dans cette culture par une mise à niveau visiblement enclenchée. La police s’équipe, se modernise ; le rapport au citoyen et le regard de celui-ci évolue. Même si certains réflexes ont la peau dure.